L‘atelier sur ce type de sujet se divisait déjà entre ce que j’intitulerai les fonctionnalistes ayant en tête les difficultés d’application de système complexes et les expérimentateurs m‘accompagnant pour découvrir des voies nouvelles. Cette tension productive m‘avait même inciter à un moment de créer, avec Denis Coueignoux, le laboratoire IRB qui œuvrait chez moi à la maison. C‘est donc tout naturellement et en grande complicité que nous avions abordé avec lui ce concours.

La notion d’inachevé propre à la conception artistique d‘Auguste Rodin fut notre principal point d‘inspiration. Comment exprimer l‘atelier, le faire et refaire, ces formes sensuelles s’extrayant progressivement des blocs de pierre brutes laissés apparents. Dans notre proposition cette approche s‘exprimait par une typographie basée sur la superposition de couche allant d‘une forme grossière jusqu’au caractère parfaitement dessiné. Mais l‘inachevé s‘exprimait aussi par la radicalité de l‘image plus esquissée que vraiment montrée. Une recherche sur une meilleur lecture d‘une statue avait également été initiée : comment à l’aide de l’image fixe „tourner autour“ et changer de focus ? Je me souviens de ce rendu et de notre présentation orale joviale comme de notre surprise en apprenant le choix du directeur du musée et de son équipe nous confiant la réalisation du projet. Nous avions donc été compris.

Une fois ce genre de principe ou de syntaxe établit débute le travail de concrétisation consistant d‘une part à finaliser l‘outil ou le vocabulaire et puis à le confronter aux besoins d’expression à la fois durable et temporaire, correspondant au musée et a ses expositions. Le projet fut alors confié dans l’équipe d’Intégral Ruedi Baur à Chantal Grossen avec une forte implication de ma part au début de cette phase. Je me souviens du long travail de conception de la typographie, des variantes et du développement technique qui permettait de varier le nombre de couche, puis des premières expériences sur divers supports. Je me souviens des premières affiches qui faisaient l‘objet de murs entiers de variantes que nous discutions avec Chantal Grossen et son équipe, puis des présentations au directeur. De la préparation de ces réunions avec Clémence Goldberger la responsable de communication du musée qui a rendu possible cette belle et longue communication. Je dois dire que Chantal Grossen était tellement impliquée dans ce projet que je lui ai progressivement donné la pleine responsabilité me contentant de brèves supervisions lorsqu‘elle me demandait conseil. Le langage établi, il nous fallait à présent veiller à son bon usage.

Ruedi Baur